Joni Mitchell, en français dans le texte

Quelques jours après avoir lu un article du Monde sur la récente biographie Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos (Édouard Graham, Les Mots et le Reste, 2017), je me suis retrouvé en librairie, et, sérendipité, j’ai trouvé l’ouvrage. Petite fiche de lecture.

9782360542420FS[1]Joni Mitchell Never Lies

Tout d’abord, je viens à Mitchell en “néophyte”, moi qui ne connait, à part Hejira, que sa “période folk”, des œuvres “de jeunesse” dont elle n’aura de cesse de s’affranchir par la suite de sa carrière. Car c’est par mon premier prof de guitare que j’ai découvert la magie et la complexité de chansons comme Both Sides Now ou Chelsea Hotel. Ensuite, je me suis rendu compte qu’en bon enfant des années 90, j’avais évidemment entendu le sample de son Big Yellow Taxi sur une chanson de Janet Jackson dont le clip montre une jeune Mitchell sur un écran de télé et où l’on peut entendre “Joni Mitchell never lies.”

La biographie par Graham commence donc avant la naissance de Joni, dont les parents attendait un garçon. Elle s’achèvera sur l’hospitalisation de Mitchell et son issue, heureuse: Joni Mitchell apparaissant à un concert de Chick Corea en aout 2016. Au fil des albums, l’auteur effectue des flashbacks sur des moments de la vie de Mitchell qui ont inspiré telle ou telle chanson.

Car chaque album est présenté dans son détail, piste par piste. Riche en décorticage musical, ces descriptions permettent même aux illettrés musicaux tels que moi de comprendre un peu plus le talent de composition d’une femme qui n’a jamais fait de solfège. N’importe quel guitariste qui a tenté de joué Mitchell sait qu’elle affectionne les accordages alternatifs (plus d’une trentaine utilisés en fin de carrière), et l’auteur  nous montre qu’au-delà de cette particularité, Mitchell est tout aussi novatrice avec d’autres instruments (piano désaccordé, percussions africaines, latino-américaines, saxo jazzy, voix en contrepoint…) ou dans sa composition.

Les performances de Joni, en solo, avec un groupe, à la télévision ou lors d’évènements caritatifs sont aussi amplement détaillées autant dans les setlists que dans l’attitude de Joni à chacune d’entre elle. Cela laisse voir une personne de caractère, qui n’hésitera pas à répondre à un fan demandant un rappel que personne n’a osé demander à Van Gogh de peindre un deuxième Nuit Étoilée. Des années plus tard, elle répondra à une demande similaire qu’elle n’est pas un juke box.

L’engagement politique de l’artiste (pour l’écologie, en faveur des peuples natifs des US et du Canada, pour le droit des femmes) n’est pas en reste.

Tout cela donne un portait contrasté d’une artiste complète et complexe, et de son œuvre protéiforme; et fait du livre, grâce à sa structure très narrative, une belle entrée dans la carrière de Mitchell, ou un outil d’approfondissement pour ceux qui (comme moi) s’étaient limités à la période “folk” de l’artiste.

Comment ne pas parler d’une femme

Là où la biographie pèche le plus, c’est dans le traitement de la vie de Mitchell. Le Monde arguait que “Edouard Graham combine, par une écriture précise, l’analyse et le factuel.” Je ne peux malheureusement pas souscrire à cette description. Dans son analyse des textes et de leur portée autobiographique, Graham évite l’écueil de simplifier la portée des textes: il souligne en effet que ceux-ci dépasse la simple “confession” (qu’on attribue souvent aux auteures/interprètes féminines) pour devenir des œuvres d’arts ou des messages universels. Par contre, quand il s’agit de s’attaquer lui même à la vie de femme de Mitchell, il reste encore du travail.

J’ai trouvé plusieurs formules particulièrement… maladroites ? Ainsi pour décrire sa dernière performance vocale en direct, Graham nous explique que “c’est une jeune vieille dame un peu épaissie qui se lance dans un “Furry Sings The Blues”.” (p.372) L’oxymore n’excuse pas la description aussi inutile que déplacée sur la silhouette de l’autre/compositrice/musicienne/interprète. (Bon, on peut se “rassurer” en ce disant qu’une attention presque équitable aura été portée par l’auteur à la calvitie de James Taylor…)

3677[1]Pas mieux quand il s’agit d’aborder la vie amoureuse de Joni. Alors que l’auteur souligne que Mitchell a été ulcérée quand Rolling Stone a publié une cartographie de ses relations sentimentales, il ne se prive pas de placer des phrases telles que “rien moins que trois ex-amants ont été sollicités pour assurer les chœurs: David Crosby, Graham Nash, James Taylor…” (p. 168)

Ces relations sont mises en scène par l’auteur avec une certaine théâtralité: Joni Mitchell participe en 1986 à un concert caritatif mais ne chante pas en solo lors du grand final “contrairement à ceux qui ont négocié leur tour au sein de cette foire d’empoigne: Joan Baez ou Jackson Brown, par exemple A quelques pas, la rivale historique et l’ex-amant méprisé accaparent des micros. Légèrement en retrait, enlacée par un Larry Klein protecteur, la Canadienne regarde ailleurs.” (p.269)

On en arrive ainsi au trope de la rivalité féminine. L’auteur oppose Mitchell à Baez en plusieurs endroit du livre, ou en supposant une rivalité entre Joni Mitchell et Judee Sill (p.109) Alors, certes, Mitchell s’en est prise à Baez dans la presse, mais bon, elle s’en est aussi prise à tout un tas d’autres musiciens homme ou femme (dont Dylan), sans que l’auteur ne le mentionne. La rivalité entre femmes est toujours plus vendeuse. Ainsi l’auteur ne peut pas s’empêcher de faire une petite référence à un “crêpage de chignon, diversement rapporté par la presse” (p. 324) entre Carly Simon et Chrissie Hynde lors d’un concert de Joni en 1995. Intérêt pour la description du concert en question ? Aucun.Bread & Roses IV

Ces défauts m’ont donc un peu fait grincer des dents à la lecture, mais la richesse des informations biographiques et musicales font de se livre une très bonne lecture pour quiconque aime la musique nord américaine en général, rockeur.se, folkeux.se, jazz.wo.man ou simple mélomane.

« Joni Mitchell, Songs Are Like Tattoos », d’Edouard Graham, éd. Le Mot et le reste, 24 €.

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Every goddam reason Joan Baez is Rock and Roll

Let’s face it, she DOES belong in the Rock and Roll Hall of Fame. She’s never really gone electric, she got famous singing British ballads and the occasional country tune, and you can’t really compare her lifestyle to that of Janis Joplin. But if the definition of folk music is today elastic enough to accommodate acts like Mumford & Sons or First Aid Kit that rely more or less heavily on electric guitars, basses, drums and synths… then Rock & Roll can live with Baez as a high priestess.Baezprotest

1) Because she’s “a Secret Badass”

I mean, come on, when even Rolling Stones calls you Badass, you belong to any Rock and Roll pantheon.

In 2010, when she was invited to perform at a White House celebration of music from the civil-rights era, Baez refused a request, from Michelle Obama, to sing “If I Had a Hammer.” “That is the most annoying song,” Baez says. “I told them, ‘If I had a hammer – I’d hit myself on the head. Ain’t gonna do it.’ ”

The article goes on to prove (as if proof was needed) that Baez is as relevant today as she was back in the sixties, leading the way as a protest singer (for Civil Rights and against Vietnam War in the sixties, to Standing Rock and Women’s marches in the late 2010s through Sarajevo in the 1990s.


2) Because she “rocked the folk world”

She got her start in Boston, and the Boston Globe hasn’t forgotten it. Recalling those early days, the journalist writes:

Almost overnight, Baez was a sensation, attracting a following of motorcycle-riding Harvard boys. When she made her second appearance at the Newport Folk Festival in 1960, she showed up in a hipster’s hearse, with a biker escort. She was the “Rebel Queen,” wrote Rooney and Von Schmidt.

Yup, before Dylan went electric at Newport, Baez went biker chick (chic?) The article of the Globe focuses on Baez’ rock and roll personality and style of performance, which belies the image she used to give.

3) Because she’s an “American Master”

A little older now (2009), this hour-long documentary follows Baez’ musical and militant career. Watching her walk to school with Black kids in Birmingham or walk among the ruins of eastern Europe, it’s hard to ignore the drive and the implication of Baez who’s sweet pristine soprano (in her early days) does little to hide her drive and iron determination to make the world a better, fairer place. And if going against the system for such reasons isn’t rock and roll, then nothing is.s

4) Because she wrote Diamonds and Rust:

Finally, the best proof that Baez is indeed Rock and Roll is perhaps her most famous song, Diamonds and Rust. Ironic and disenchanted, this tune written and composed by Baez has been covered by Judas Priest and Ritchie Blackmore’s band, thus proving that it belonged to the rock and roll canon. The way Baez sings it today, with her voice fully using its lower register, gives it even more grit.

5) Because Patti Smith said so:

If Patti Smith invites you to rock, you ARE rock.

She was suddenly among us, not claiming to lead but leading by example, guiding us towards a new path of creative expression synonymous with activism civil rights and the anti war movement. 16th century had their Joan of Arc, and we have our Joan Baez. – Patti Smith

Songbirds/jailbirds: the “tradition” of prison performance

A few days ago, all-around Goddess Rhiannon Giddens performed and gave a workshop in Sing Sing penitentiary, a maximum-security prison. A surprising and yet logical choice for the artiste whose sophomore solo-album was just released on Feb. 24th under the title of Freedom Highway. As explained in a New York Times article, Giddens had previously attended a concert at the facility, which inspired her to write a track that would be feature on her album: Better Get it Right The First Time, which has been presented in most reviews as a “Black Lives Matter Anthem.” The song, about police brutality, is replete with reference to “standing [one’s] ground” the infamous law used as a defense by George Zimmerman after he shot Trayvon Martin in 2012, being “shot anyway”, etc… What drove her to write the piece after this initial visit to Sing Sing is the realization of how skewed the penal system was in the US.  “I was struck by how black the population is. I knew that in my head, but seeing it just kind of hurt.” A perception that is confirmed by most statistics, as those of the NAACP. This disproportionate incarceration rate has far-reaching effects on African-Americans convicts during and after their incarceration, and on the families as well, as described in an analysis by the Washington Post. This issue could only affect Rhiannon Giddens, whose new album centers around self-penned songs based on slave narratives. Ironically, she couldn’t play Better Get it Right The First Time at Sing Sing due to its subject matter.

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Karsten Moran for the New York Times

Giddens is not the first roots artist to go down this road. Part of Johnny Cash’s legend is probably due to his 1968 Live At Folsom Prison and 1969 Live At Saint Quentin.

Cash had received letters from inmates after performing Folsom Prison Blues for the first time and decided to stage a concert a prison, bringing along his second wife, June Carter.

A few years later, in 1972, BB King and Joan Baez, among other, would take the stage at Sing Sing, setting a precedent for Giddens’ performance. In the clip below, Baez and her sister Mimi Fariña sing and banter with the inmates, with an interesting choice of songs: Dylan’s I Shall be Released and Viva Mi Patria Bolivia. The Baez sisters being of Mexican heritage on their father’s side, the choice to sing a Latin American song in Spanish could be interpreted along the lines drawn by Rhiannon Giddens in her observation on the make up of the prison’s population.The cheers they draw from the crowd as they begin the song seems to indicate that the latino population is also over-represented at the penitentiary. A problem that still persists into the 21st century.

Prisons and convicts have also often been a source of inspiration for root artists. But that’s another story, and shall be covered in another blog post. Stay tuned!

Rhiannon Giddens performed at Sing Sing thorugh the Musical Connection program of Carnegie Hall: https://www.carnegiehall.org/musicalconnections/singsing/
The late Mimi Fariña started her own foundation to bring music to people in various institutions: prisons, hospitals, nursing homes…. http://www.breadandroses.org/